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Lors du précèdent numéro je vous parlais des jouets Goldie Blox, de l’association Américaine « Girls Who Code », qui apprenait à des petites filles les bases de notre langage numérique.

Aujourd’hui, en fouillant les Internets, je m’aperçois que les articles sur l’apprentissage du code dès l’enfance fleurissent. Le point commun c’est bien sûr de ne pas donner de réponses concrètes, mais plutôt animer le débat, faire naître des idées, imaginer l’école du futur. Un futur pourtant pas si lointain.

Point de vue

Il est inenvisageabe voire impossible d’imaginer nos sociétés aujourd’hui sans les réseaux et plus largement les technologies numériques. Les enfants à peine nés se retrouvent à 3 ou 4 ans, déjà connectés, souris en main. On peut donc se poser la question : le code (et l’informatique de façon générale) ne pourraient-ils pas être enseignés dès le plus jeune âge, comme la lecture ou l’écriture.

Parce que le code c’est quoi, si ce n’est une autre forme de lecture et d’écriture ? Un langage qui nous relie aux machines, un outil de compréhension du monde virtuel.

D’un autre côté, a-t-on vraiment besoin d’en savoir autant ? Après tout, nous ne connaissons pas précisément le fonctionnement de toutes les technologies que nous utilisons et il y existe beaucoup d’autres domaines dont les connaissances sont tout aussi importantes et intéressantes pour chacun d’entre nous et sur lesquelles nous ne nous attardons pas durant notre scolarité ou alors que très tard.

Pour quelqu’un comme moi, qui n’a aucune connaissance en code, il s’agissait justement de savoir où se situait l’intérêt. Et à ce propos, je me trouve toujours entre deux sentiments : celui d’être convaincue de son utilité et ce pour la meilleure maitrise des outils numériques et de ce que cela comporte comme enjeux. Mais aussi dans les limites que nous devons prendre en compte si nous introduisons le code à l’école : celle de la disponibilité des professeurs, celle du temps disponible en classe pour l’apprentissage de l’informatique. Est-ce-que cette nouvelle matière ne prendrait pas la place d’autres matières jugées moins utiles, ou alors est ce qu’on pourrait penser à de nouvelles formes d’enseignements ou l’informatique serait présente de façon transversale, où la pédagogie serait ré-inventée ?

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©Eric Bouloumié

Des gosses et des écrans

Difficile de trouver un juste milieu et malgré un certain nombres d’arguments comme ceux-ci, je maintiens mon intérêt profond pour cet apprentissage dès le plus jeune âge. Histoire d’éviter l’humiliation à mon âge, de ne savoir écrire que deux ou trois balises et sur un bloc note.

Il existe dans ce sens, différentes actions déjà en place pour les enfants, mais plus généralement tout ceux qui seraient intéressés par cet apprentissage.

Le coding gouter est par exemple un rendez-vous mensuel, qui s’adresse aux mômes et leurs parents pour donner des bases de codes et de programmation leur offrant, je cite, « la possibilité et l’envie d’être créatifs et autonomes avec les nouvelles technologies. ». Ce rendez-vous Kids, Code and Cake se déroule à Paris.

Code.org est un autre exemple de site web permettant d’avoir accès à différents tutoriels pour apprendre le code. Il est disponible dans pas moins de 31 langues et donne aussi des conseils avisés aux personnes voulant former des élèves dans ce domaine.

Making things, do stuff, tout en anglais, lui, permet lui de s’initier aux outils du numérique, d’appréhender de nouvelles connaissances, prendre conscience de notre monde connecté et commencer des projets. On peut y réaliser des apps, des jeux et sites web avec l’aide d’une communauté virtuelle.

Évidemment, cette liste est non exhaustive, une foule d’autres initiatives permettent cet apprentissage. Toutes ces initiatives sont pour l’instant extra-scolaire et le débat sur l’intégration de cours d’informatique à l’école prend une ampleur considérable depuis quelques années et surtout ces dernières semaines. Je vous laisse d’ailleurs le plaisir d’aller fouiner dans les commentaires des uns et des autres, il s’y dit des choses très pertinentes sur le sujet.

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©Eric Bouloumié

Débat et questionnements

La Fing, Fondation Internet Nouvelle Génération permet de faire le point sur tout ça et avance un certain nombres d’arguments, notamment au travers de cartographies compètes et ouvertes aux questions. On retiendra plusieurs interrogations :

– Doit-on apprendre l’informatique à proprement parlé et comme une discipline à part entière, ou plutôt acquérir une culture numérique au sens large ?

-Quel public doit être visé, quelle tranche d’âge ?

– Quel degré de priorité doit-on accorder à l’informatique et aux cultures numériques dans les programmes scolaires ?

Si ces questions reviennent au maximum lors des débats sur le sujet, on retrouve tout aussi souvent l’idée que le code à l’école serait une sorte de cheval de Troie. Une vraie remise en question, non pas de l’intégration d’une nouvelle matière, d’un nouvel apprentissage ,mais la remise en question des méthodes pédagogiques, de notre façon d’enseigner et d’apprendre dans les salles de classe, en 2014. Au lieu de se focaliser sur l’informatique comme nouvelle matière, ne faudrait-il pas d’abord repenser l’école évoluant dans ces nouveaux enjeux du numérique ? Il est clair que les générations scolarisées en 2014, qu’il s’agisse des enfants de maternelle, ou des lycéens en passe d’obtenir le bac, tous sans exceptions, sont et seront les acteurs de nos sociétés numérisées et c’est aussi dans cette optique qu’il faut former les futurs travailleurs.

Pour mieux comprendre le débat, voici deux cartographies réalisées par la Fing

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Lutter contre « l’illettrisme numérique »

Plusieurs acteurs se sont déjà exprimés sur la question. Fleur Pellerin, notre ancienne Ministre du numérique, déclarait dans une interview au Monde, qu’apprendre à coder ou à développer peut permettre [aux élèves] de comprendre comment est construit l’univers digital dans lequel ils évoluent et de développer une distance critique. »

L’EPI (Enseignement public et Informatique) ainsi que Société Informatique de France, sont deux organismes qui tiennent également un discours positif quant à l’intégration de l’informatique à l’école. Dans un rapport datant de juin 2013, la SFI s’exprimait par ces mots « Qui peut encore croire que, dans une société imprégnée de numérique, il serait suffisant d’être formé aux seuls usages ? Enseigner l’informatique à tous est devenu un enjeu primordial afin de procurer a tout citoyen les clés scientifiques qui permettent de comprendre et de participer aux évolutions de la société ».

On voit donc de plus en plus que cette volonté d’apprentissage de l’écriture numérique fait son chemin et trouve un écho parmi les grandes instances de ce pays.

Malgré des arguments réfractaires du type « pas besoin d’apprendre la mécanique pour se servir d’une voiture », il est difficile aujourd’hui d’aller contre la vague.

Coder dès l’enfance pourrait permettre alors de s’inscrire dès le plus jeune âge dans la volonté de construire une société connectée, plus intelligente et plus libre. Nous sommes irrémédiablement pris dans un débat haletant qui touche à la fois à l’importance que nous donnons à notre liberté sur les réseaux, à notre envie de comprendre et faire avancer les choses et aux questions qui touchent aux valeurs sacrées de nos sociétés, l’école, l’éducation, la formation de l’esprit.

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©Eric Bouloumié

Alors, à quand l’expression des cours d’écoles « J’peux pas j’ai cours de code ? »

Liens utileshttp://fing.org + www.internetactu.net

Avec l’aimable autorisation du photographe Eric Bouloumié.
Retrouvez son travail sur http://www.photographe-sur-bordeaux.com