L’artiste américain Daniel Arsham revient une fois de plus à la galerie Emmanuel Perrotin pour nous montrer sa vision d’un monde figé, dans lequel le temps et la matière fait son travail. Divisé en quatre salles, son voyage vers le futur se fait en musique, et pourtant aucun son ne résonne. Dans le grand espace épuré sont posés les pièces, oeuvres, instruments de musique, d’enregistrement ou de lecture.

©Ethan Assouline

Les instruments sont montrés comme les résultats d’une fouille archéologique, et c’est ici que se crée la première confrontation. La galerie se veut pour une courte période comme une bulle temporelle, où ces objets du présent sont projetés dans leur état futuriste : des reliques, des machines inutilisables rongées par le temps. Et tout ceci hors contexte, le futur n’est présent que par la présence des cadavres d’appareils. C’est leur apparence qui importe ici, et eux qu’on imagine finir à la poubelle car défaillant ou trop utilisés sont en même temps détruits et conservés.

Fonctionnent ils encore sous leur couche de poussière ? Quel son sortirait s’il pouvait s’en échapper de derrière la roche et les cendres ?

De tout ce que l’on imagine du futur, l’explosion du numérique et du virtuel, nous est montré ici qu’un retour à notre époque, à la matière, au physique, et même un retour au passé, à l’analogique. Les époques se confrontent, et pourtant l’équilibre reste présent, une certaine idée de perfection se dégage. Au milieu de tout ces objets poussiéreux ayant soufferts se développe une atmosphère de pureté.

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©Ethan Assouline

La salle principale présente une scène de concert vide, les instruments sont présents, délaissés, plus personne pour jouer, le spectacle s’est fini il y a bien longtemps.

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©Ethan Assouline
©Karl Hab

C’est assez impressionnant de voir notre monde quotidien envoyé devant nos yeux dans une autre époque, et de ressentir une telle distance avec un objet physique si proche de soi. Le rapport au réel et au temps est détraqué, notre corps est lié à notre temporalité tandis que les instruments s’offre eux une décrépitude qui les emmène directement au troisième âge.

©Karl Hab
©Karl Hab

On a pris l’habitude depuis bien longtemps de voir notre monde quotidien exposé comme oeuvre d’art et de nombreux artistes ont utilisé cette représentation pour dénoncer ou magnifier, mais jamais de cette façon notre monde nous avait été montré. L’oeuvre créée donne de la valeur à des objets et leur vieillissement accéléré en fait ici des corps qu’on aimerait toucher, redécouvrir, dont l’état physique interroge et intéresse plus que l’objet lui même.

Le futur est ici une affaire de substance, autant dire que la téléportation n’est pas pour tout de suite.

« The future is always now », Daniel Arsham, Galerie Perrotin
Du 12 juin au 26 juillet 2014
www.perrotin.com
76 Rue de Turenne, 75003 Paris
Entrée libre de 11h à 19h