L’islamisme radical tisse sa toile, entre martyrologie, kit de survie et témoignages de combattants de retour de Syrie. Préparer le djihad derrière son écran d’ordinateur n’a jamais été aussi simple.

De l’étude des interdits aux questions savantes sur les préceptes de la foi, la toile a à peu près réponse à tout. Il suffit de pousser juste un peu plus loin les recherches pour se retrouver sur des blogs en français expliquant le mode détaillé du djihad.

Le site « Ansar-at-tawhid » dit « média d’élite » est un véritable guide du futur combattant. « Toujours partir d’un autre pays que le vôtre, avec, si possible, un vol de dernière minute ». Un clic sur l’option « dernière minute » et vous voilà sur Opodo, site de voyages en ligne. Pratique « ne pas avoir plus d’un sac pour bagage ». Clic, clic. On vous propose un paquetage type, avec photos. « Sac à dos, sac de couchage, trousse de secours, bon couteau suisse, cagoule, caleçons longs, gants de tir sportif », avec index nu pour presser la détente. Le kit du djihad comprend même les bottes US 511 de l’armée américaine.

Il raconte avec humour son djihad sur Facebook
Il raconte avec humour son djihad sur Facebook

Le site regorge de témoignages de jeunes qui ont franchi les lignes : « Passez par Ankara ou Istanbul. Visitez comme un touriste. Et regardez bien que l’on ne vous ait pas suivi. Si oui, pas grave. Prenez un taxi, perdez vous dans la ville et trouvez un hôtel pour la nuit. ». Ensuite, mettre le cap sur Gaziantep, ville proche de la Syrie. Mai attention, un message récent donne quelques recommendations dans un français tout à coup plus léger « il y a des problèmes à la frontière de la Turquie ne pas approché et contacter avec un frère qui vous conseille, pour le passage! Ils arrêtent tous les jeunes susceptibles de vouloir rejoindre le front islamique du jihad. ». Le site reste vague sur les dits « contacts » en Turquie, rappelant simplement qu’ils devront écouter ce qu’ils leur disent. Tous les sites djihadistes ne sont pas aussi pragmatiques, comme « Ansar al Haqq », dont l’animateur du site, un normand de 28 ans a été emprisonné en mars dernier.

Multiplier les fausses pistes pour semer les suiveurs
Multiplier les fausses pistes pour semer les suiveurs

Les sites sunnites francophones, comptes Facebook ou Twitter, prolifèrent à vive allure et donne ainsi quelques nouvelles des combattants. Entre intimité et banalisation de la violence, la cyber exploration des ces réseaux est déroutante. Mais une autre guerre sévit sur les Internets, certains portails djihadistes sont attaqués et ne s’ouvrent plus. Le salafiste qui cherche quelques conseils se retrouvent vers le site d’un groupe slave. Interrogé en 2013 par une commission d’enquête parlementaire sur la surveille des mouvements radicaux, le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic avait estimé que, « en matière de radicalisme islamiste, la presque totalité des preuves ont été obtenue par la surveillance d’Internet ».