Affirmer que Metal Gear Solid : The Phantom Pain (MGS5) était très attendu par les fans est un euphémisme. Opus censé clôturer la série phare du développeur japonais Konami et de son créateur superstar Hidéo Kojima, il doit se frotter à plusieurs grands défis : faire office de première grandeur nature à « l’open world » sur console nouvelle génération, insuffler un nouveau souffle à la série après un Ground Zeroes un peu décevant et surtout être l’épisode qui fait le lien entre les aventures de Big Boss et de Solid Snake, les deux héros iconiques de la saga.

Big Boss, ou la badasserie à l'état pur.
Big Boss, ou la badasserie à l’état pur.

Autant le dire tout de suite : l’univers de Metal Gear Solid n’est pas des plus accessibles. Forgée à grands coups de boss finaux inoubliables, de cinématiques tantôt hilarantes tantôt irrespirables, de private jokes que seuls les puristes comprendront totalement et de phases de jeu absolument épiques, la légende de cette série d’infiltration s’écrit dans les traces de Big Boss, père spirituel de Solid Snake, son successeur, et personnage principal de cet opus. Taiseux, abîmé par la vie et bourré de testostérone, il devra, au fil des missions, s’infiltrer dans des bases soviétiques en Afghanistan, sauver des enfants-soldats en Angola tout en tentant de se défaire d’une unité de soldats d’élites génétiquement modifiés, les Skulls, qui veulent sa tête.

Techniquement, le jeu est la plus grande réussite depuis que la nouvelle génération de console est arrivée. Les graphismes sont bluffants et les textures plus vraies que nature. Le monde dans lequel notre héros évolue semble sans fin, ce qui donne un vrai sentiment de liberté quand on contrôle Big Boss. Car oui, la liberté, c’est ce qui prédomine dans l’expérience MGS5. Alors que les missions s’enchaînent, le joueur, autrefois bridé dans ses options, est totalement libre d’utiliser l’approche qu’il souhaite. Jouer d’une manière frontale en n’hésitant pas à tuer ce qui se dresse sur son passage ou, au contraire, rester tapi dans l’ombre, à l’affût de la moindre ouverture pour doucement avancer vers son objectif sans éveiller l’attention de ses ennemis.

Un gameplay virtuose

Mais ce sentiment d’extrême liberté n’est possible que grâce à un gameplay souple, équilibré et très intuitif. N’y allons pas par quatre chemins : c’est tout simplement le meilleur de l’histoire des MGS. La palette de mouvement du héros est presque infinie et surtout toujours en adéquation avec son environnement, qui lui-même est pris en compte dans les réactions de l’intelligence artificielle. Au final, un sentiment de réalisme qui fait la force du jeu mais qui le rend aussi particulièrement difficile : si vous voulez arriver au bout d’une mission, pas le droit à l’erreur sous peine de se faire repérer directement par vos ennemis.

Autre aspect du jeu qui vaut le détour : la gestion de la « Mother Base », qui mériterait un test en elle-même. De la gestion des troupes à l’achat de matériel en passant par la R&D ou encore la customisation de votre matériel, c’est un endroit incontournable pour vous rendre la tâche plus facile sur le terrain.

Doté d’une durée de vie d’une bonne cinquantaine d’heure pour les joueurs pressés et d’au moins deux fois plus pour les jusqu’au boutistes, le jeu promet une immersion totale grâce à un certain style dans l’écriture des dialogues et surtout un scénario plein de rebondissements comme sait nous les offrir Hidéo Kojima. Mais cette profondeur cache un défaut qui apparaît de plus en plus dérangeant à force que le jeu avance.

Les missions s’enchaînent et, petit à petit, un sentiment gagne le joueur : la lassitude. Autrefois reconnue pour sa petite pointe de folie qui faisait la différence, la série des MGS n’a jamais été aussi convenue que dans The Phantom Pain, malgré quelques personnages hauts en couleurs (Quiet et D-Dog ne tarderont pas à faire leur entrée dans la pop culture). Les objectifs sont souvent les mêmes et les missions ont parfois un goût de déjà-vu. Pire, le joueur peut se sentir trahi une fois les dernières heures de jeu arrivées : la fin est un peu tirée par les cheveux et surtout très prévisible pour le joueur attentif. Une hérésie pour les puristes de la saga, habitués à des fins en apothéose. De quoi empêcher MGS5 d’être la réussite totale qu’aurait mérité la série. Mais pas de panique, ce jeu reste sans doute celui qui va faire basculer la nouvelle génération de consoles dans une nouvelle ère, après une année de tâtonnements techniques.