D’abord née en Californie, la Maker Faire annonce l’avènement d’un nouveau genre de bricoleur, celui qui joue aussi bien de la scie que la modélisation 3D.

C’est aux portes de la Silicon Valley, que se déroule depuis 2006 la . Un événement hors-norme qui célèbre la créativité sous toutes ses formes et pour tous les âges. A la Maker Faire, des fabricants de meubles ou de systèmes d’arrosage côtoient des inventeurs de machines cracheuses de flammes, et enfants comme adultes peuvent aussi bien apprendre à créer un robot de carton que s’initier à la soudure de composants ou aux logiciels de CAO (conception assistée par ordinateur). « Ici, tous les publics échangent sur tous les sujets, à la croisée de la technologie, du bricolage, de l’art et de la science », explique Bertier Luyt, PDG de la start-up Le FabShop, importateur des imprimantes 3D MakerBot et organisateur de la première Maker Faire parisienne, qui se tiendra ce week-end.

« Dès le départ, l’idée a été d’associer des pratiques traditionnelles, comme la menuiserie ou la cuisine, et les outils du futur, explique Dale Dougherty, rédacteur en chef du magazine américain « Make » et créateur de la manifestation. Le seul dénominateur commun est l’envie de faire des choses soi-même. » Ce mélange entre bricolage, artisanat et technologies de pointe peut sembler iconoclaste. Mais en Californie, il n’a rien de vraiment nouveau – après tout, les premiers ordinateurs pour particuliers étaient vendus en kit, et l’Apple 1, sorti en 1976, devait être monté par l’acheteur dans un châssis de bois. La Maker Faire ne serait qu’une évolution logique pour les adeptes du « do it yourself » qui, à l’ère d’Internet et du numérique, « passent de plus en plus au « do it together » », pour reprendre une formule chère à Dale Dougherty.

Ces adeptes sont de plus en plus nombreux : à San Mateo, l’édition 2014 a attiré plus de 130.000 visiteurs et un millier d’exposants sur deux jours. Le phénomène dépasse largement les frontières de la Silicon Valley, grâce à un système de licences permettant d’organiser des événements de toute taille. Des Maker Faire ont déjà eu lieu à Jérusalem, Detroit, Oslo, Rome, New York, Saint-Malo, elle a aussi pris place pour la première fois à Paris les 21 et 22 juin. C’était au CENTQUATRE-PARIS  en collaboration avec Futur En Seine.

 

01net rapporte que des milliers de personnes se sont pressés pour admirer toutes sortes de créations, principalement autour de l’impression 3D, la robotique et les objets connectés. Mais pas seulement. On pouvait également admirer des pièces de mobilier réalisées selon des procédés alternatifs, des minikarts électriques à faire soi-même, des ateliers de soudages, du pliage Origami ou encore des drones. Le tout dans une ambiance très décontractée et familiale. Sympa, ces bricoleurs.

Pour Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine « Wired », auteur d’essais à succès sur l’économie numérique et prophète du futur, les makers représentent même « une nouvelle révolution industrielle » : « Ce qui était au départ un mouvement culturel – une fascination envers les nouveaux outils de prototypage rapide – commence à devenir aussi un mouvement économique », écrit-il dans l’ouvrage qu’il leur a consacré (« Makers », Pearson, 2012). Pour lui, les imprimantes 3D, les outils à commande numérique, les « fab labs » et les logiciels de CAO vont rendre la conception d’objets innovants aussi simple que la création d’un site Web, sans la barrière à l’entrée que représentaient jusqu’à présent les coûts d’industrialisation.
Associé au « crowdfunding » (financement collaboratif), qui donne aux inventeurs un nouvel accès au capital, et aux licences libres, qui permettent d’utiliser des logiciels ou des bibliothèques d’objets en 3D conçus par d’autres, le mouvement maker facilite la création de start-up industrielles, estime Chris Anderson.

Barack Obama observe sa voix sculptée par le français Gilles Azzaro grâce à l'impression 3D.
Barack Obama observe sa voix sculptée par le français Gilles Azzaro grâce à l’impression 3D.

Le mouvement fait échos jusqu’aux plus hautes instances, Barack Obama multiplie les messages en faveur des makers, incitant ses concitoyens à « faire des choses, et pas seulement à consommer des choses ».