On est en 2014 et l’on voit le terme caillera (verlan de racaille pour les gens d’un autre siècle) affiché partout : à la télé, au cinéma, dans les journaux. Le mot n’est plus réservé aux lycéens, et lorsqu’on demande à une petite mamie ce qu’est une caillera sa réponse n’est pas trop trop éloignée de la définition que pourraient donner les protagonistes du milieu. La faute à des types comme eux… vous voyez tous de quoi je veux parler, inutile de revenir dessus. Mais quand il est facile d’identifier une caillera dans la rue au même titre qu’un emo ou qu’un scout, sur les réseaux sociaux c’est une autre histoire. Une photo et une mini-bio ça fait léger … Et pourtant, tout ce beau monde a su faire sa place sur le web, définir des codes et se rassembler autour d’intérêts communs,  principalement des blagues. Mais comment les cailleras se reconnaissent-elles sur les réseaux sociaux en général?  Comment se retrouvent-ils entre-eux? Comme tout le monde : avec des hashtags, et le plus emblématique de ceux-là est le fameux #RTsi  (hyper efficace sur Twitter).

3 – 2 – 1 –  Viiuuu vous voilà plongés dans le vortex des cailleras du web!

Vortex_vert

En observant quelques temps les résultats du-dit hashtag, on se rend vite compte de la mécanique bien huilée de ces tweets. D’abord un « RTsi » qui permet de rassembler les gens se retrouvant dans les faits qui seront exposés, ensuite une situation bien souvent absurde dans un environnement urbain proche de celui de nos héros du jour et pour finir  une conclusion qui assez souvent fait ressortir la fragilité de ceux qui gardent normalement la tête haute. Ben ouai gars, ça pleure pas un bonhomme!

renoi fragile

Pour représenter au mieux la team, ces tweets sont blindés de fautes d’orthographes parce qu’ils s’adressent aux semblables “pour les cas sociaux qui font des fautes sur les murs” comme le disait si bien la Mafia K1fry. Au-delà du style “texto”, on est plutôt chez ceux qui n’ont pas le temps de s’embêter avec l’orthographe, la grammaire, tout ça tout ça.

https://twitter.com/Louis_Baltimore/statuses/474513203545014274

https://twitter.com/YoussRicky/statuses/453668855345590273

Comme l’avaient dit Les Inrocks dans cet article, la team RTsi compte des leaders comme @BoucherDuPorche, @CripsouBikoLoko, @YoussRicky, @Louis_Baltimore, @DjoLeonidas, @roro_one1 ou @Diez_30et1_Diez mais aussi une multitude de fans avec la même ligne directrice : plus le délire est vulgaire et violent plus il fera de fav et RT.

Tout ce phénomène a pris une telle ampleur que des auteurs de milieux différents se sont appropriés ces codes. C’est le cas de l’illustrateur-bédéiste Philippe Valette et son fameux George Clooney, Une Histoire Vraie. Commencée sur le net avec 2 tomes disponibles gratuitement sur son blog, un ouvrage papier est maintenant disponible. Joli coup! Des fautes d’orthographes, des super-héros cailleras, de la vulgarité et de l’humour absurde dans chaque situation, tous les ingrédients sont là!

 

Mais d’autres formes plus amateurs sont aussi apparues. Plus spontanées, moins travaillées. C’est le cas du #segpagang et de leurs “comics” qui détournent l’image des héros de la culture ado contemporaine. Phénomène venant d’outre-Atlantique, les français ont su adapter cette forme d’humour. On a donc vu fleurir sur le réseau social Twitter des comptes parodiques tels que : Sasha Metr Pokemon✨ @SachaComics, Peter Parker @spidurman_, Stromarant Segpa @Stromarant , Zleton Ibratomivch @Zleton, SHOAH NANAS @Diaudonai, Mètr Guimse @MetrGuimse et l’emblématique Mamadou Segpa @KFC_Mamadou.

Ceux-là proposent de très courtes bandes dessinées appelées donc des “comics”, mettant en scènes les personnages des comptes parodiques dans des situations qui en feront rire certains, et pleurer d’autres (les fragiles!).

 

 

Mais pour aller encore plus loin dans le Do It Yourself, on trouve aussi du contenu vidéo avec Mamadou Segpa.

Pour continuer dans cette veine, nous ne pouvons omettre Babor lelefan!

Véritable star de l’Internet avec près de 43000 followers sur Twitter et son excellente série Babz of thrones.

 Ce qui fait la force d’une culture c’est sa liberté, et pour la garantir il y a malheureusement des limites à ne pas franchir. Vous l’aurez bien compris les cailleras  et ceux qui partagent le délire s’embêtent rarement des barrières et on observe bien souvent des tweets/ comics ou autres supports franchissant les frontières du racisme, de l’homophobie et de pleins d’autres termes punis par la loi. Pas facile de rester dans le lol en cherchant à aller toujours plus loin dans un trip violent et ainsi conserver sa crédibilité…

Mais en parallèle, on observe que ce qui est parti d’un délire entre une poignée de compte est maintenant suivi par des milliers de personnes, a pris des formes différentes. Alors laissons faire l’Internet et peut-être qu’un jour l’une de ces formes de net-art sera légitimée, au même titre que le street-art se retrouve dans les plus grand musées du monde. Et c’était pas gagné non plus… Mais est-ce vraiment internet de penser à ça? “Ok ta mer”