Oscar est bien décidé à prendre la vie du bon côté maintenant
Oscar est bien décidé à prendre la vie du bon côté maintenant que tout ça est derrière lui

Le 31 janvier, la police a interpellé un jeune homme âgé de 25 ans après qu’il ait torturé un chat. Celui qui se présentait sur Facebook comme « Farid de la Morlette » avait publié sur son profil le 22 janvier deux vidéos où on le voyait jeter violemment dans les airs et contre un mur un chat. La mobilisation sur internet ne s’est pas faite attendre, avec notamment des groupes Facebook qui se sont créés pour dénoncer ces faits. Alertée à de nombreuses reprises, la police a donc procédé à l’interpellation de ce drôle d’énergumène.

Outre le débat autours de la maltraitance des animaux, une question taraude les esprits des Internets.

Comment cette « information » s’est elle propagée aussi vite et a-t-elle pu se hisser à la troisième place des sujets les plus recherchés sur Google durant deux semaines ? Juste derrière le match France-Angleterre et Amanda Knox le 1er février 2014.

La science est là pour confirmer ce que Buzzfeed et Upworthy avaient compris bien avant tout le monde : les contenus soulevant de fortes émotions deviennent les tubes des pure players.
Vous connaissez Neetzan Zimmerman ? Peut être pas mais vous avez déjà vu défiler dans vos timelines l’un de ses articles pour Gawker. Son boulot ? Créer du « buzz ». Nous étions bien obligé de placer ce terme générique quelque part.
Il a même eu droit à un portrait dans le prestigieux Wall Street journal il y a quelques semaines. Ses articles génèrent près de 30 millions de clics en un mois.

Mais si le succès de Zimmerman devrait en inspirer plus d’un, c’est bien parce qu’il paraît accessible. Émouvoir pour gagner du clic, c’est à priori facile et pourtant bien plus subtil que de copier/coller la balise de code d’une horrible vidéo d’un mec qui maltraite un chat.
« Il a compris quelles émotions vont obliger un être humain à cliquer sur quelque chose en ligne », écrit le Wall Street Journal. Si les chiffres ne reflètent pas vraiment la sagacité de son approche, les résultats obtenus par des psychologues le font. Des études récentes suggèrent que les émotions sont la clé du succès sur l’internet, tant en terme d’articles, que de photos ou de vidéos, qu’elles évoquent des sentiments positifs ou négatifs importent peu tant qu’elles ne laissent pas « indifférents». La neutralité serait elle l’ennemie du « buzz » ? Voilà qui devrait poser quelques questions déontologiques aux journalistes.

Un exemple de vidéo prête à « buzzer », lol

Si l’on se plonge dans le détails de ces études, on comprend que l’on entend par « émotions fortes » celles qui agissent sur le lecteur et le poussent à l’action, généralement la colère ou l’humour l’emportent. N’importe quelle communiquant vous dira qu’il suffit d’éveiller la composante conative de vos cibles, en les étudiant en long et en large ça ne devrait pas être difficile et pourtant, les Internets nous montrent bien chaque jour que les autoroutes de la viralité sont parfois inattendues.

A contrario, la satisfaction ou la tristesse génère trop peu de clics.
Cette récente étude fait ressortir un fait psychologique vieux comme Hérode : les émotions sont contagieuses et se propagent aussi vite qu’elles sont exprimées tant par la parole que par les expressions ou les gestes. Ces chercheurs pensent que ce processus se répètent aussi bien pour une vidéo ou un article partagé sur les réseaux sociaux, surtout quand l’emphase est là pour y aider et que le pouce pointe vers le haut.

wharton

Jonah Berger et Katherine Laitier, chercheurs à l’université de Wharton ont aussi étudié le sujet. Ils concluent qu’un contenu qui a tendance à créer des « pulsions » par des émotions comme la crainte, l’anxiété ou la colère sera viral, à coup sûr. Au détriment d’une émotion comme la tristesse, les chances de propagation de l’article augmenteraient ainsi de 34%. Les institutions publiques, à qui l’on reproche parfois leur condescendance pourraient s’en inspirer.
Notons qu’un contenu de qualité et promu par une personnalité largement suivi sur les réseaux sociaux restent les meilleurs moyens de contagion d’un article mais le plus tient à peu de choses, c’est une bonne chose de comprendre quelles émotions poussent à l’action mais encore faut-il savoir les mettre en scène.

C’est l’art du storytelling qui réserve encore de nombreuses surprises au journalisme et qui pourrait devenir le mal du siècle.