Avant d’entrer dans le vif du sujet dans les sous-sols du Palais de Tokyo, le spectacle démarre sur l’esplanade du Trocadéro. La file s’échauffe en écoutant de la musique sur des téléphones et avance à petits pas vers l’entrée de l’ancienne cinémathèque française. Une fois à l’intérieur, on circule entre les murs de bétons mouillés pour descendre dans les sous-sols. Quelques bruits sourds rebondissent lourdement et suffisent à faire danser la foule. Une porte ouverte apparaît, au milieu d’autres portes et de couloirs qui se poursuivent. Elle donne sur le fond de la salle, où se situe l’entrée. Cette configuration nous confronte directement à un mur euphorique et dansant.

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Petit back to back improvisé avec Dj Rahaan

Tel un monolithe sur un sol glissant, il suit le ton dicté par le dj du soir, Motor City Drum Ensemble – Danilo Plessow de son vrai nom, est aux manettes du Yoyo. Seul son ombre apparait devant une lumière blanche éblouissante. Dur de percevoir ses expressions à ce moment, de quoi rajouter au côté fonctionnel de sa mission. Seuls quelques mouvements le personnifient mais l’allemand agit comme un robot avec des gestes répétitifs. Il pose son disque sur la platine, l’écoute et hoche la tête franchement dès qu’il trouve le bon tempo, il se baisse et fouille dans sa caisse, réapparait et répète les mêmes gestes. En quelques heures, l’histoire de la musique est racontée avec le groove pour fil conducteur. Ce petit plus magique qui prend aux trippes et fait danser qu’on le veuille, ou non. Le digger enchaine les pépites, alternant house des années 80, techno de Detroit, influences hip-hop et soulful new-yorkaise. De quoi redonner ses lettres de noblesse à la fonction du DJ à l’heure où ses compères ne cherchent plus à surprendre.

 La DJR 400, son secret

On circule entre les époques, les procédés, les mouvements sans se perdre. Le public est dévoué à la musique et oublie d’aller se resservir un verre. Les basses résonnent dans la poitrine et les mélodies vaporeuses transportent. Les danseurs chauffent la salle pendant que la clim souffle fort. Dans cet état, tout décrochage pourrait être fatal. Mais le gourou du soir, autour duquel s’agite la horde, maitrise son sujet sur le bout des doigts. Il travaille ce bloc dansant en agitant les potards de sa table de mixage. Fabriquée à la main dans le quartier des Epinettes à Paris, la DJR 400 incorpore des puces d’anciennes pédales de guitare électrique pour donner une sonorité plus organique aux musiques électroniques. Certainement l’une des clés du succès des sets de MCDE, jeune patron de 28 ans du label éponyme.

« Ville et moteur tambour ensemble », c’est à peu près la traduction que donne Google Translate quand on passe dans la moulinette le nom Motor City Drum Ensemble. Une suite de mots qui fait finalement sens.