Premier coup d’essai réussi pour le réalisateur Sam Esmail avec cette série sur le combat d’un hackeur contre une puissante multinationale. Intense malgré quelques lourdeurs, joliment réalisé et impeccablement incarné. La série offre enfin une oeuvre à la hauteur d’un monde qui attendait son étendard.

Les yeux de Rami Malek défilent, de droite à gauche, tour à tour sur son écran ou sur la vie. L’acteur qui joue Elliot Alderson, le hacker de génie tourmenté, star de la série Mr. Robot, est un concentré de tension. Quand il parle, les mots s’embourbent dans sa bouche et sortent comme une corvée dont il faut se débarrasser. Quoi de plus normal que d’avoir la flemme de parler quand on peut coder un programme qui le fait à sa place ? Mais il suffit de quelques épisodes pour comprendre que le personnage d’Elliot est bien plus complexe que celui d’un simple antihéros. Le jeune homme travaille dans une société de sécurité informatique, il y rase les murs et file droit depuis son poste informatique, planqué entre deux cloisons en cartons d’open space. Mais tel un Neo balbutiant, il est contacté par une société secrète pour son talent de justicier qu’il exerce la nuit, lors de ses insomnies. Grossièrement appelé “Fsociety”, le groupe menace une grosse multinationale sans morale du nom de “E Corp”. Les traits sont si grossis – “F Society veut dire « Fuck Society » et « E Corp : Evil Corp » – qu’on en vient à se demander si le message n’est justement pas d’abord là. Le réalisateur tord le cou avec talent à tous ces clichés sur le monde des hackers et déroule plutôt l’histoire de notre temps. La première minute du pilote accroche inévitablement : une voix interpelle, désigne instantanément le spectateur comme un ami imaginaire, un rôle à tenir durant les 10 épisodes de 50 minutes. Et les instants qui suivent attirent brutalement dans l’univers d’Eliot, avec ses termes techniques, ses angoisses, et sa soif de justice. Tor, Fibre à vitesse Gigabits, routeur, serveurs anonymes, le spectateur reçoit le jargon informatique à pleine figure sans avoir le temps de les comprendre et pourtant ça fonctionne.

Le monde réel et virtuel s’affrontent en permanence et l’histoire d’Eliott nous perd petit à petit à la manière d’un David Fincher en forme dans une histoire où il est dur de démêler le vrai du faux jusqu’au dernier épisode. Haletant donc mais aussi extrêmement bien réalisé, malgré quelques lourdeurs à mettre sur le dos d’une volonté de bien faire évidente. Heureusement, la chaine USA avait déjà signé pour une deuxième saison avant la diffusion du pilote.