Installé au Etats-Unis depuis la fin de ses études, le jeune homme de 23 ans a eu le temps de se faire remarquer dans la Silicon Valley grâce à son passage chez Eventbrite où il a occupé le premier post de data-scientist. Dans la foulée, il crée une ONG dont la vocation est, tout simplement, de rendre le monde meilleur grâce aux algorithmes.

Paul Duan
Paul pose devant un tableau où il vient de poser l’équation du malheur. Il bosse encore dessus.

Il est le nouveau poulain de Paul Graham, fondateur de l’incubateur de start-ups Y Combinator. Les derniers à être passés sous sa houlette sont devenus les fondateurs de géants du web comme : Airbnb, Reddit ou Dropbox. Mais Paul Graham n’est pas le seul à vanter les mérites de Paul Duan, frenchie de 23 ans installé à San Francisco depuis 2013. Lundi 21 septembre, le magazine américain Forbes a annoncé la liste des six finalistes de sa compétition d’entrepreneurs de moins 30 ans qui vont « changer le monde ». Rien que ça. Le gagnant recevra, une récompense d’un million de dollars. Parmi les finalistes, on retrouve Paul. Son mérite : avoir fondé une ONG, Bayes Impact, « qui fournit des solutions technologiques pour améliorer les services sociaux essentiels dans le monde entier », selon Forbes.

Paul est un « data scientist ». Un crack des mathématiques spécialisé dans l’exploitation de métadonnées, ces quantités invraisemblables d’informations que génère le monde numérique. Il aurait pu faire fortune dans la Silicon Valley. Mais le jeune homme originaire de Trappes, a préféré fonder une start-up à but non lucratif. Une « non-profit », comme on dit outre-Atlantique. Prodige des algorithmes, spécialiste du traitement des données de masse, il ambitionne de résoudre les problèmes de chômage, de pauvreté et de santé publique. Il a notamment développé une solution pour les ambulanciers. « On s’inspire des algorithmes d’Uber qui permettent aux chauffeurs d’optimiser leur trajet en évitant les accidents, les bouchons ou les travaux », explique t-il.

« Chevalier blanc de la Silicon Valley »

Une recherche rapide sur Google permet de découvrir très vite qu’il profite d’une cote, déjà , incroyable. « Génie français des algorithmes » (Le HuffPost), le « chevalier blanc de la Sillicon Valley » (Le Figaro Magazine) ou encore le « super-héros de la data-science » (TechMeUp). Rien que ça.
Il faut avouer que son ONG créee en 2014 fait déjà du bien. Sa première contribution a consisté à mettre au point, pour des entreprises américaines de microcrédit, des algorithmes de détection de fraude et de prévision du risque de défaut de paiement. « Ces sociétés doivent calculer au mieux leurs risques afin de perdre le moins d’argent possible, précise Paul Duan, dans le but de pouvoir accorder des prêts de moins en moins chers. Elles ont vu leurs pertes baisser de 30% et ont pu dans le même temps réduire le coût des prêts octroyés ».

Ce diplômé de Science Po Paris doit beaucoup à son flair. Après de brillantes études dans la finance, il décide de s’orienter vers la data-science. Malgré une offre du géant PayPal, il signe chez Eventbrite qui édite une solution de billetterie en ligne. Il y occupe le premier poste de data-scientist et se fait un nom dans le milieu. Petit à petit, Paul décroche un visa réservé aux « individus aux capacités exceptionnelles », alors qu’il est arrivé avec un visa d’étudiant étranger. Grâce à ce visa – David Beckham et Tony Parker ont le même – Paul prend confiance et réalise le potentiel inexploité de la Big Data.

Les géants du web sont ses amis

Quand Julian Assange et Edward Snowden dénoncent ce monde où tout est enregistré, il y voit un moyen de l’optimiser pour le rendre meilleur : « Certes, aujourd’hui, on critique ces masses colossales de données personnelles car elle permettent à des entreprises de gagner de l’argent sur le dos des utilisateurs. Mais si, avec ces mêmes données, on pouvait sauver des vies ? ». Il goûte peu à la paranoïa « Minority Report » et prend pour exemple le dossier sur lequel il travaille actuellement. Il consiste à réduire les risques de complication des patients hospitalisés. Dix millions de personnes seraient concernées, selon ses calculs. L’algorithme consisterait à étudier minutieusement chaque dossier de patient entrant, un travail que les médecins ne font plus, faute de temps. Ces calculs permettraient de prévenir les risques de complication, souvent liées à un premier traitement administré insuffisant. Il vient de signer un contrat avec Sutter Science, un groupe qui détient 19 hôpitaux outre-Atlantique.

Adoubé par Bill Gates, qui soutient financièrement Bayes Impact par le biais de sa fondation, Paul Duan s’est entouré d’une équipe de choc. D’anciens ingénieurs de grosses entreprises américaines et des diplômés des plus brillantes universités le suivent. Des personnes, dit-il, qui souhaitent mettre leurs talents non pas, au service du profit mais, d’un idéal commun pour « rendre le monde meilleur ». A force de l’entendre parler comme Steve Jobs, on finit par croire que le même avenir l’attend.