La réalité préexiste à Internet, c’est indéniable.

Mais comment expliquer alors qu’Internet est devenu en très peu de temps un prisme par lequel on observe notre monde, et même plus, le façonne. Je parlais précédemment du «Post Internet Art», mais ici, c’est dans la vie, dans nos rues qu’il s’infiltre. Notre tendance à rester trop de temps en contact avec des écrans a sans doute crée une envie de vouloir modeler notre espace de vie et de lui faire ressembler au contenu de nos sites préférés, mais comme dans l’interminable paradoxe de l’oeuf et de la poule, la question ici est de pouvoir définir une origine. Un environnement est modelé pour ressembler à un autre précédemment vu sur Internet. Mais si celui ci a été vu sur Internet, il a été saisi dans la réalité…

Alors, qu’est ce qui fait, que lorsque l’on se balade dans nos rues, une certaine architecture, un certain design, fasse de suite penser à Internet? Y’a t’il une définition claire? Non, certainement pas. Mais des éléments, presque symptomatiques, laisse la possibilité de construire un code, une identité propre à la culture du net pour l’observer transcender l’écran et arriver dans le monde physique.

Ce code, en réalité, c’est les utilisateurs qui l’ont mis en place, en créant une culture de l’image donnant une vision presque faussée de la vie, une vision épurée, sans défauts. Voir du Net dans la rue serait alors constater l’effort de certains à créer des espaces de vie rêvés, alliant le l’esthétique et la simplicité, la nouveauté et le désir. Mais de cette nouveauté où se cherche une singularité, on bascule souvent dans une grande uniformité, et l’exception devient un genre.

On va pas se mentir, le domaine dans lequel s’effectue le plus cette traversée est celui de la nourriture, il suffit de faire un tour sur le site du fooding (http://www.lefooding.com/) pour voir comme un esprit s’est créée. En plus d’offrir un bon plat, les restaurants se lancent le défi d’être un lieu photogénique, avec des plats qui le sont aussi.  Comme atteint d’un grand cas de synesthésie, les formes, les gouts, les couleurs se mélangent pour notre plus grand bien. On ne va tout de même pas se plaindre et ne pas en faire profiter nos amis en partageant la photo.

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Ce n’est pas le seul domaine où Internet a injecté sa patte, et je ne voudrais pas simplifier le propos, mais le rapport ténu entre le monde physique et le net se joue de plus en plus avec notre participation quotidienne, comme le montre ces différentes photos d’amis. Rien de véritablement « net » dans ces photos, mais le choix du cadre, du filtre, du sens, de la lumière montre une vision de la réalité où le partage de l’information va de pair avec l’esthétique.

Capture d’écran 2014-04-17 à 00.41.18Capture d’écran 2014-04-17 à 00.56.09

En partageant une image, on lui donne une autre réalité. Il n’y a pas d’esthétique particulière qui permet de relier le monde et sa version Internet, chacun par sa sensibilité donne l’image du monde comme il aime le voir, comme il voudrait qu’il soit. On rentre dans les complications : parle t’on alors de mensonge où d’idéalisation? Qu’elle version est préférable? Le filtre posé sur le réel, permettant à la fois de partager et d’embellir, crée il une version du monde que l’on aimerait voir avec nos yeux? Si oui, ce serait bien triste. Faisons un test.

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Alors, est-ce Internet qui a contaminé notre monde, ou c’est notre participation qui a pris tellement d’ampleur que la vision générale quotidienne de l’espace a changée? La nature qui elle reste presque inchangée se voit devenir l’objet de nos expérimentations d’un monde nouveau, numérisé pour être perfectionné.  Les créateurs, constructeurs, cuisiniers, designers d’aujourd’hui ont ils réellement dans leur travail un souffle de modernité apporté par la question « est-ce que ça s’instagrame? »

Je n’espère pas, on va bientôt être à court de filtres et de légendes.