Nous vivons une période électorale. Après les élections américaines, arrivent en France les primaires de partis politiques. D’abord la droite (20 et 27 novembre 2016), puis la gauche (22 et 29 janvier 2017). Après quoi les français seront bien entendu appelés à voter pour l’élection présidentielle en elle-même (23 avril et 7 mai 2017).

Tout ce tapage médiatique ne garantit en rien la vitalité de notre système médiatique. Avec les primaires, de nouvelles étapes arrivent sans pour autant changer le système de votation en lui-même.

On note depuis déjà bon nombre d’années, une augmentation du taux d’abstention. En 2012, lors de l’élection présidentielle, 20,5% des français pourtant inscrits sur les listes électorales ne se sont pas rendus aux urnes. Le plus flagrant reste les élections européennes. En 2014, seuls 43,5% de la population française est allée voter. Pas sûr à ce niveau que les individus élus disposent d’une légitimité à représenter l’ensemble des citoyens.

Pionniers des idées démocratiques (siècle des Lumières, cours d’Histoire de 4ème), les français délaissent aujourd’hui le système pour lequel ils se sont battus. Il faut réinjecter de la participation pour relancer la machine. Cela ne vous rappelle rien ? Cet obscur concept de démocratie « participative » … La démocratie n’est-elle pas participative par essence ?

L’invention de cette démocratie participative est née d’un constat : la démocratie représentative ne joue plus son rôle. Et pour le coup, Data Gueule a bien mis en avant le manque de représentativité de nos élus par rapport à qui compose la France. Comme l’explique l’infographie, à l’Assemblée Nationale, 4% des députés ont entre 25 et 40 ans, alors que cette tranche d’âge représente 19% de la population française. A l’inverse, 32% des députés ont entre 60 et 70 ans, face à 11% en France.

Data gueule
La démocratie participative n’est plus représentative.

Quid de l’efficacité de la démocratie participative ? Censée rendre la parole aux citoyens, notamment au travers de débats libres (retour dans l’agora de la Grèce Antique ?), elle semble surtout cantonnée à un simple discours rhétorique, sans réalité concrète.

Choisir des idées plutôt que des candidats

L’un des problèmes majeurs de notre démocratie, c’est que nous votons pour des individus censés nous représenter. Les citoyens doivent donc choisir leurs candidats en fonction d’une idéologie qui se retrouve dans des programmes de campagne. Un programme doit évidemment être cohérent pour rassembler le plus grand nombre. Néanmoins, en restant cloisonné dans la binarité gauche/droite, de nombreux citoyens hésitent, se sentent mis à l’écart ou ne se reconnaissent tout simplement pas dans les idées proposées. Après tout, ne serait-il pas possible pour un individu d’être en accord avec des idées de droite et de gauche ? Pourquoi ne pourrait-on pas voter nos propres lois ? C’est du moins l’idée avancée par Etienne Chouard le 5 septembre 2014 sur le plateau de Ce soir ou jamais… : « Le fait de désigner des maîtres au lieu de voter des lois est une imposture politique. Nous ne sommes pas en démocratie. En démocratie, nous voterions nos lois nous-mêmes. Un homme, une voix, pour voter des lois, pas pour désigner des maîtres. Le fait de nous imposer de désigner des maîtres est une supercherie. Ça donne un résultat ploutocratique avec des riches qui dirigent depuis 200 ans. »

Aujourd’hui, le débat d’idée arrive en seconde position en politique. Ce qui concentre l’attention, ce sont les candidats en eux-mêmes, leur caractère, leur psychologie, etc. M6 l’a tout à fait compris avec sa nouvelle émission Une ambition intime animée par Karine Lemarchand. Et ça marche ! Les deux premières émissions (diffusées les dimanches 9 octobre et 7 novembre 2016) ont respectivement rassemblé 3,4 et 2,6 millions de téléspectateurs.

Ambition intime
Karine Le Marchand – reine de la société du spectacle ?

Il n’y a qu’à écouter les chroniques de Guillaume Meurice sur France Inter pour se rendre compte à quel point la politique n’est qu’un spectacle. Actuellement, son péché mignon est de se rendre au cœur de meetings politiques, d’aller à la rencontre des militants et de leur poser une question toute simple : « Qu’est-ce qui vous plaît dans ce programme ? ». Les réponses sont évidemment tordantes, mais révélatrices : « Moi je ne suis pas trop programme… » ; « Je vais pas vous dire » ; « J’en sais plus rien… » ; « Faudrait que j’y réfléchisse… Ça vient pas forcément à l’esprit tout de suite. » Des idées, dites-vous ?

Et Internet dans tout ça ?

Internet touche et transforme chaque pan de la société. Pourtant le domaine politique y reste hermétiquement fermé. Chose incroyable : le système de votation n’est toujours pas disponible via la Toile en France. La Suisse au contraire favorise la votation de véritables lois par le peuple et non au travers d’un représentant. Tout citoyen peut lancer une forme de pétition pour qu’une question soit délivrée en « votation populaire », c’est-à-dire en référendum. Pour qu’une question puisse devenir référendum au niveau national, elle doit d’abord être signée par 100 000 personnes, ce qui équivaut à 1,2% de la population pour un pays qui compte plus de 8,3 millions d’individus. Et pour voter, les suisses peuvent soit se déplacer dans des bureaux de vote (comme en France), soit se rendre tout simplement sur Internet et voter via une urne numérique. Une facilitation indispensable à l’heure actuelle.

Certains disent que le communisme est une idéologie qui n’a jamais été parfaitement appliquée, pas même du temps de l’URSS. Idem pour la démocratie. « Le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres » (Winston Churchill), comme régime où le peuple est souverain reste encore aujourd’hui de la littérature.

Alexis de Tocqueville, auteur de l'ouvrage De la démocratie en Amérique (1835)
Alexis de Tocqueville, auteur de l’ouvrage De la démocratie en Amérique (1835)