Il n’y a pas vraiment de consensus parmi les journalistes sur ce que signifie le terme « multimédia », ou même  pour savoir si l’on peut encore l’utiliser en 2014 .

Les compétences multimédias figurant aujourd’hui dans une offre d’emploi vont du développeur au vidéaste. Certaines annonces demandent simplement « maîtrise du multimédia », sans plus d’explication.  Mais en 2013 on a vu apparaître des termes plus précis : « Vos fonctions principales impliqueront une variété de multimédias – Audio, Vidéo, Graphisme ».

« L’un des besoins les plus urgents mentionnés par les journalistes dans différents pays est l’acquisition de nouvelles compétences multimédias », selon les conclusions d’une récente étude ayant interrogé plus de 29 000 journalistes du monde entier.

Même si on continue d’utiliser ce terme un peu désuet, multimédia, pour lequel beaucoup lutte pour l’abroger ! (ok, du calme…). Eric Maierson, producteur à MediaStorm depuis 2006, ironise un peu sur l’appellation qu’a abandonné récemment sa société «Studio de production multimédia». Il déclare : «Je pense que « Multimédia » était le mot utilisé pour les photographes réalisant un documentaire». Maintenant MediaStorm se présente comme «producteur cinématographique et studio de design interactif ».

Le journalisme multimédia ressemblait plutôt à ça.

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Guide de la crise en Iran. Produit justement par MediaStorm.

Comme Maierson, Robyn Tomlin dit qu’elle ne serait pas non plus pour utiliser le mot multimédia aujourd’hui. Pour ceux qui ne la connaissent pas, il s’agit de la rédactrice en chef du Thunderdome, une division de Digital First Media, agence de presse basée à New York. Thunderdome est (ou plutôt était) une plaque tournante mondiale pour la distribution de contenu numérique. « A la place de multimédia », dit-elle, « je dirais vidéos interactives ». En fait le nouveau multimédia c’est toutes ces nouvelles applications qui aident le lecteur à comprendre l’histoire que vous essayez de leur raconter.

Un des projets haut de gamme ayant stimulé le débat sur les possibilités du nouveau multimédia est celui du New York Times en 2012 s’intitulant « La chute de neige » (enfin bien sûr c’était plutôt : Snow Fall). Ce projet combinait graphiques animés, cartes, fichiers audio, diaporamas enrichis de textes… etc le tout sous des technologies de codes derniers cris.

Ce n’était pas la première fois que tout cela était utilisé, mais « Snow Fall » a été vu par beaucoup comme une sorte de bassin versant du nouveau multimédia (que l’on aime appeler ici les contes en lignes… #avosreves). Et puis les près de 3 millions de visiteurs qu’il a attiré en 10 jours font de lui un point de référence désormais.

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Vous pouvez directement le retrouver ici :

http://www.nytimes.com/projects/2012/snow-fall/

Mais attention, les imitateurs de « Snow Fall » pourraient à tort, vouloir ajouter des effets et des outils qui n’amélioreraient en rien l’histoire en elle-même.

Le nouveau Storytelling ne cesse d’évoluer, au rythme des journalistes qui l’expérimentent. Bien entendu cette évolution est limité par les outils et les techniques numériques qui apparaissent trop lentement selon certains.

Voici trois autres exemples de ce nouveau Storytelling :

  • The Serengeti Lion, National Geographic, Août 2013
  • NSA Files: Decoded, The Guardian, Novembre 2013

Et regardez cet exemple particulièrement bien réussi, qui nous à donné envie de nous reconvertir dans la fabrication de tee-shirt :

  • Planet Money Makes a T-Shirt, Planet Money and National Public Radio, Decembre 2013

vous le retrouvez ici : http://apps.npr.org/tshirt/#/title

Que pouvons-nous apprendre de ces exemples, pionniers du Storytelling nouvelle génération ?

Compléter, ne pas répéter.
Dans le Storytelling multimédia, il y a différent types de supports (pas seulement vidéo) qui s’utilisent et s’interconnectent. Idéalement, chacun est utilisé d’une manière qui fait ressortir tous ses points forts. Finalement la redondance d’informations va nuire à l’expérience de l’utilisateur (qui n’est alors plus un simple lecteur). Si certains aspects de l’histoire sont racontés dans la vidéo comme dans le texte par exemple, les utilisateurs peuvent rapidement perdre l’envie d’aller plus loin.

Intégrer différents types de médias.
Ne pas marginaliser les médias visuels. Ne pas favoriser le texte et puis surtout placer des graphiques et autres infographies la où ils servent le contenu, et non la mise en page.

Simplifier.
Lors de la planification du contenu, les journalistes doivent décider de ce qui doit réellement être inclus, et de ce qui peut être omis. Ajouter trop de tout… peut rebuter le lecteur, de même que la longueur choisie.

Attirer visuellement l’attention de l’audience.
Une histoire agréable qui va accrocher le lecteur offre justement un crochet, un appel à l’action, et ce immédiatement dès que vous l’ouvrez.

Une faible interactivité n’est pas trop grave.
Certains projets invitent l’utilisateur à interagir réellement, mais beaucoup offrent une expérience plutôt passive. Qualifier ces idées d’interactives n’est pas vraiment exact dans de nombreux cas, si un utilisateur n’a pas d’autre choix que de cliquer sur lecture, pause, ou arrêt, ce n’est pas interactif (ça c’est dit !). Scroller ​​un site Web ou le balayer sur ​​un appareil mobile ne fournit que le niveau le plus bas de l’interaction. Les liens hypertextes sont à peine interactifs ; cliquer sur un lien, c’est un peu comme tourner la page d’un livre après tout.

Enfin voici LA règle de l’expérience immersive (hé allez, encore des grands mots…)  : Emmenez-moi quelque part où je n’ai jamais été. Montrez-moi quelque chose que je n’ai jamais vu.

Et puis n’oublions pas une évidence, le bon sens du journaliste sera toujours essentiel.

Alors faut-il continuer à utiliser le terme de journalisme multimédia ? Nous devons être en mesure de critiquer l’évolution du storytelling ainsi que les merveilleuses possibilités proposées par les plateformes numériques et interactives. La narration multimédia semble finalement être le terme le plus correcte (il se pourrait d’ailleurs qu’on en parle plus longuement dans un nouveau numéro). On ne peut vraiment plus se limiter aux photos et vidéos désormais (croyez-nous, on en prend pour notre grade chez 101 Touches et on vous promet d’appliquer tous ces bons conseils). Bref, continuons à apprendre le fonctionnement de ces nouveaux médias dans le seul but d’aider les gens à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.