Silex and the City est la bande-dessinée du moment. Son auteur, Jul, a signé le quatrième et dernier opus de sa désormais célèbre saga en août dernier. Fresque du monde d’aujourd’hui vue depuis l’aube de l’humanité, la BD raconte les tribulations de la famille Dotcom. Adepte de la dernière tendance, cette famille d’Homo Sapiens tente de propulser ses contemporains dans la modernité.

Silex and the city

Par delà le format papier, Silex and the City s’est exporté sous forme animée tous les soirs en prime time sur Arte, dans une série de films de seulement trois minutes. Silex and the City est tellement tendance qu’Arnaud Montebourg a prêté sa voix à l’un des personnages. Voilà bien longtemps qu’une bande-dessinée française n’avait été adaptée sur le petit écran. Certains iraient même jusqu’à dire que c’est la première BD à visiter la télévision « depuis un million d’années ou quelque chose comme ça » (cf. Forrest Gump pour ceux qui n’auraient pas compris).

L’un des arguments de vente de cette BD, ce sont ses références au monde d’aujourd’hui : des références qui se retrouvent en 40 000 avant J.C… à l’heure où « la planète semble obéir aux lois de la sélection naturelle ». Ainsi, on y retrouve faits politiques et sociétaux mais aussi de nombreux clins d’œil à notre rapport aux nouvelles technologies. Rien qu’à voir les prénoms des personnages : Blog, Spam, Web, URL, sans oublier leur nom de famille : Dotcom qui signifie en français « point com » (.com). Mais au-delà de ça, l’Internet est omniprésent : le réseau social des chasseurs cueilleurs, « Flèchesbook », se substitue à Facebook et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres.

Silex and the city

Donc, en plaçant constamment des indices du numérique à l’âge de pierre, cette BD veut se donner une image cool, tendance, dans l’air du temps quoi ! Seulement, si on gratte un peu, on remarque que Silex and the City n’est en réalité qu’une pâle copie de la famille Pierrafeu, cette série télévisée d’animation américaine lancée en 1960. Alors quelle différence entre les Pierrafeu et les Dotcom ? Rien, sinon une simple réadaptation d’un concept utilisé cinquante ans plus tôt et réactualisé aux technologies numériques.

pierrafeu

Des technologies qui rappellent dans l’imaginaire collectif « l’innovation », la « créativité » et peuvent même faire passer l’auteur pour « visionnaire ». Or il n’en est rien dans le cas de Jul, contrairement à certains de ses condisciples dessinateurs. En effet, aux amateurs d’Astérix de se rappeler que dans le tome de 1966 Astérix chez les Bretons, notre héros moustachu évoque l’idée d’un tunnel sous la manche, chose qui n’était même pas à l’état de projet à l’époque. Pour rappel, le tunnel sous la manche a été ouvert seulement en 1994.

Asterix-Tunnel-sous-la-Manche

Bref, parler d’Internet et des NTIC en général ne veut pas forcément dire que l’on a de l’imagination, preuve en est ici avec Silex and the City, véritable plagiat ambulant. Et si vous êtes adeptes des séries littéraires à bulles et que vous souhaitez vous payer une bonne tranche de rigolade, mieux vaut en retourner aux fondamentaux : Astérix et les Shadocks. Quant à ceux qui aiment le dessin qui décape, qui grince et qui s’en prend à l’establishment, Zéon semble le nouveau dessinateur campé sur ce créneau. Au moins ici, l’Internet ne sert pas d’alibi à la créativité.