Les élections européennes c’était la semaine dernière ! Il fallait bien en parler. Mais chez 101touches le social, l’économie, l’écologie, c’est pas trop notre rayon. Le numérique par contre, c’est plutôt notre dada.

 

Je me suis donc intéressé aux programmes des différents partis européens. Pas de long en large, pas dans les détails, moi ce qui m’intéressait c’était les propositions des partis en ce qui concerne Internet et le numérique. La neutralité du web, le piratage, la conservation des données, la vie privée, le statut des réseaux… Vous voyez quoi, la BASE.
L’Union Européenne nous semble parfois faire figure de libératrice face aux grosses machines de surveillances états-uniennes ou à la censure chinoise pourtant, autant vous prévenir tout de suite, c’est pas glorieux.

Avant de commencer, j’aimerais insister sur le caractère flou du web politique. Certes, la plupart des sites proposent un manifeste, mais il faut généralement le chercher en petit caractère sur la Une ou dans une rubrique isolée. Quelques cours de communication circonstancielle ne seraient pas de trop semble t-il.
Et puis, autant en profiter pour cracher un peu sur nos chers poids lourds de l’information. La plupart des grands média se sont contenté de faire des « comparatif » entre les partis à propos des « grands thèmes », mais pas tout les partis, non, seulement les plus « important ». C’est déontologiquement plus que contestable (pour être poli), les médias sont censés donner une même ouverture à chaque parti (et à chaque thème), qu’il leur semble « important » ou non. Comment un petit parti peut-il espérer défendre ses idées si il ne figure même pas dans la plupart des articles ?
Méthodologiquement, les informations quant au numérique ne sont issues que de ce qui ressemble le plus à un programme, pas d’interview ni d’article flottant (ou le moins possible).

On commence par les super-partis européens, les groupes dans lesquelles chaque député élu va se ranger, chaque pays présente ensuite des listes par partis nationaux, rattachés à ces groupes.

Principaux partis présents aux élections européennes (par ordre inverse de l’importance que leur porte les autres média puis par ordre alphabétique. Entre parenthèses, les partis français affiliés ou proche.) :

  • Alliance des conservateurs et réformistes européens (ES***) : L’AECR (acronyme anglais) est un groupe qu’on situerait plutôt à droite sur notre échiquier. Ses propositions sont dans la grande majorité économique. Pourtant, malgré le poids de l’économie numérique, dans son dernier bilan, vantant ses accomplissement depuis 2009, une seule mention d’un « renforcement du droit des consommateurs sur Internet ». Impossible de trouver une profession de foi, cela dit, on remarque vite qu’Internet est ici considéré comme un produit, et les internautes, des machines à fric.
  • Alliance européenne pour la liberté (FN) : Rien dans le manifeste de l’AEL ne parle du numérique. Évidemment, vu la volonté de fermeture des frontière et de sécuritarisme de ce genre de parti, on peut douter qu’il soit très ouvert à une libération d’Internet.
  • Alliance européenne des mouvements nationaux (ES***) : Rien non plus chez l’AEMN. Logique vu la dimension nationaliste du parti, ses valeurs sont essentiellement anti-mondialisation.
  • Alliance libre européenne (Indépendantistes**, alliés au PVE) : L’ALE ne parle pas non plus du numérique dans son manifeste. Pour le coup, on s’en doutait, soutenir un réseau qui ouvre les frontières pour des indépendantistes, ça tiendrait du comble.
  • Démocrates européens (UMP*) : Ah ! Voilà les premiers. Les EU Democrats ne parlent pas clairement du numérique dans leur programme. Cela dit, ils demandent l’instauration d’une politique de protection des lanceurs d’alertes au plus vite dans l’Union. Et les lanceurs d’alertes sont souvent très largement reliés à la cyber-sphère.
  • Mouvement politique chrétien européen (PCD*) : L’ECPM (acronyme anglais) est le premier de ces partis à faire figurer le mot « internet » dans son manifeste, lorsqu’elle demande la traque systématique de tout site à caractère pédo-pornographique (et on ne peut que l’en féliciter, bien entendu). Cela étant, dans la partie économique de son programme, nulle mention de l’économie numérique.
  • Parti démocratique européen (MoDem – UDI) : Pas de mention du numérique dans le très court manifeste du PDE, on peut toutefois noter un attachement à l’innovation technologique…
  • Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (MoDem) : On passera sur le fait que le manifeste de l’ALDE soit esthétiquement très désagréable car l’alliance est très excusable ! Le manifeste contient en effet une rubrique nommée « Digital Agenda », soutenue par Neelie Kroes qui n’est autre que la commissaire européenne pour la société numérique. Le premier article demande la protection absolue des droits fondamentaux d’expression, d’information et de vie privée sur Internet. L’ALDE plaide aussi pour un marché du web ouvert et juste, qui doit prévoir les transformations à venir, une facilitation de l’accès au réseau pour tous et la formation des utilisateurs aux bons usages d’Internet, la réduction des tarifs d’accès pour endiguer l’élargissement de la fracture numérique, l’intégration de technologies de l’information et de la communication (dont Internet est le fer de lance) dans les enjeux principaux de l’UE et la garantie de la pluralité médiatique. L’alliance demande aussi la recherche d’une balance juste entre les droits d’auteurs et les droits du consommateur. Enfin, l’ALDE considère également que la « nouvelle génération européenne » est une génération de digital natives (merci, on s’en étaient rendu compte) et que les stratégies d’éducation doivent donc évoluer en ce sens.
  • Mouvement pour l’Europe des libertés et de la démocratie (MPF) : Le MELD est un parti traditionaliste et un groupe assez fermé, rien d’étonnant que le numérique ne figure pas dans leurs priorités (leur manifeste est par ailleurs étonnamment court…).
  • Parti de la gauche européenne (FG) : Le PGE fonctionne à l’ancienne, en congrès, et ne présente pas clairement de manifeste. En cherchant dans les documents de travail cependant, on ne trouve pas réelle référence au numérique. Les documents proposés sont en .doc, je crois qu’on peut déjà se poser des questions quant à la connaissance des usages du net…
  • Parti populaire européen (UMP) : Le PPE ne dispose pas de manifeste concret, mais d’une rubrique consacrée aux « points de vues » défendus. Incomplet, rien ne traite du numérique, mais on peut remarquer que le PPE plaide pour une intolérance absolue en matière de « fraude et de corruption ».
  • Parti socialiste européen (PS) : Le PSE prône une « réindustrialisation innovante » de l’Europe, moi je me demande encore ce que cela veut dire, mais ça ne sonne pas harmonieusement avec « société du savoir ». Du reste, rien sur le numérique dans leur manifeste.
  • Parti vert européen (Europe écologie/Les Verts allié à l’ALE) : Le Parti Vert est très intéressé par la question du numérique, et malgré le fait que ce ne soit qu’une petite parti de son manifeste, il plaide pour une « Déclaration des Droits Digitaux ». Le parti rappelle qu’il à lutté contre ACTA, le traité ultra sécuritaire qui voulait brider Internet. Comme l’ALDE, il lutte pour un renforcement de la protection de la vie privée sur le web et pour la sauvegarde de la neutralité du réseau, mais lutte aussi pour la confidentialité des données. Le PVE souhaite défendre les citoyens contre les corporations et gouvernements insidieux qui captent sans prévenir des terraoctets d’informations. Il demande aussi l’abolition de la loi sur la rétention des données (qui oblige les FAI à stocker les données recueillies quant aux communications des utilisateurs) et incite les gouvernement à faire passer la liberté (digitale, au moins) des citoyens avant les impératifs de sécurité.

* Ces partis nationaux ne font pas (ou plus ) partie de ces partis européens mais leurs programmes restent très proches.
** L’ALE réunit des mouvement régionalistes qui demandent l’indépendance par rapport à leur pays ou à l’Europe, et c’est leur principale conviction.
*** Ces deux partis sont des eurosceptiques, même si ce ne sont pas les seuls et dans l’ensemble leurs valeurs pourraient être classées à l’extrême droite mais aucun mouvement national ne leur est clairement rattaché en France. Le FN était auparavant rattaché à l’AEMN, mais ont été exclus suite à l’évolution de leurs valeurs après l’élection de Marine le Pen.

Voilà, à l’aune de ces courts résumés, une conclusion : sur douze partis officiellement reconnus, seuls deux parlent réellement de la société numérique dans leur programme. À l’heure de l’augmentation toujours plus rapide de l’accès au réseau et de son incidence sur le monde physique, on peut se poser des questions. Les groupes européens ne semblent pas considérer l’importance du numérique, et ce, sûrement, parce que la classe politique dirigeante est vieillissante et ne contient pas (ou très peu) de digital natives mais aussi parce qu’ils ont peur de ce qui peut découler de ce réseau anarchique par essence.

Keep-calm

C’est bien beau tout ça, mais passons maintenant aux listes nationales. Parce que cela à beau est une élection européenne on vote bien, en fait, pour des femmes et hommes politiques français (en France du moins). Il y a plus de listes que de partis européens car les conditions requises pour disposer d’un groupe indépendant au parlement sont drastiques. Cependant, ne pas parler des listes nationales sera un oubli conséquent.

Comme précédemment on essayera de se baser au maximum sur les professions de foi générales, ou régionales le cas échéant (elles sont après tout sensées être similaires voir identiques), et le classement se fait par ordre alphabétique. Il est fort probable qu’il manque des listes puisque toute les régions n’ont pas le même nombre de liste et que certains restent plutôt obscures :

  • Debout la République : DlR ne parle qu’une fois d’Internet dans son programme, demandant un Internet « libre, neutre et gratuit », sans aller plus loin, ni sur papier, ni sur son site, on va dire que c’est déjà ça et être naïf en croyant que cette petite phrase pré-faite dans un coin de colonne n’est pas juste un argument électoral. Par contre, elle parle de renforcer les frontières, et le protectionniste et Internet ça ne fait pas bon ménage. Par ailleurs, on peut noter que DlR ne marche quasiment que sur l’image de Dupont-Aignan, et que la politique de l’homme seul sur Internet, ça dure rarement longtemps.
  • Europe citoyenne : Europe Citoyenne propose de mettre en place une plateforme web d’e-citoyenneté. Il était temps, je me demandais si un parti allait finir par le proposer. Il est en effet évident que le web est un outil fabuleux pour permettre l’instauration d’une démocratie à grande échelle bien plus directe.
  • Europe Démocratie Espéranto : EDE veut la garantie de l’indépendance médiatique d’une part, et d’autre part souhaite « promouvoir une informatique libre » (sic), encourageant la généralisation du logiciel libre et du vote informatique notamment.
  • Europe Écologie – Les Verts : Dans l’ensemble EELV défend les mêmes idées que le Parti Vert Européen. Logique, il en découle directement.
  • Féministes pour une Europe solidaire : Vu le titre, vous vous doutez bien que le numérique n’est pas la première priorité de cette liste. Il n’en est pas mention dans son programme.
  • Force Vie : Impossible de trouver un programme général sur le site de Force Vie. En se retranchant sur le programme de la région Ouest, aucune mention du numérique. C’est encore une fois une liste qui défend des valeurs traditionalistes. Rappelons que Christine Boutin, tête d’affiche de Force Vie à longtemps été à la tête du PCD, proche de l’ECPM (cf plus haut).
  • Front de Gauche : Pas de programme général non plus sur leur site, et rien de très éclairant sur la profession de foi de l’Ouest. Cependant, on peut remarquer que le FG, Mélenchon en premier, sont plutôt actifs sur Internet… De là à dire qu’ils ont des positions tranchées.
  • Front National : Traditionaliste, identitaire, conservateur, protectionniste, rien de péjoratif là dedans, c’est juste une description succincte du programme du FN. Marine le Pen étant vice-présidente de l’AEL, dans le doute, on peut se référer à leur programme (cf plus haut).
  • Les Européens (UDI-MoDem) : La proposition 23 de cette liste demande la mise en place d’une « stratégie numérique européenne », consistant notamment à encourager l’essor du cloud et de la fibre optique. Par ailleurs, Les Européens est proche de l’ALDE.
  • Mouvement Socialiste Alternatif : Le MSA ne parle pas du numérique dans son programme. En même temps, leur site témoigne d’une maîtrise plutôt incertaine de l’outil numérique.
  • Nous citoyens : Cette liste ne parle nul part d’Internet. Et pourtant, son programme comporte 50 propositions.
  • Nous te ferons Europe ! : La seule chose que l’on peut remarquer dans le programme de cette liste de l’Ouest, c’est qu’ils sont pour une société décentralisée. Internet aussi est dénué de centre (ouais, je suis aller la chercher loin celle ci).
  • Nouvelle Donne : À première vue, rien qui nous concerne dans la liste soutenue par la veuve de Stéphane Hessel. Mais elle affiche cependant une volonté de lutte contre l’obsolescence programmée, et il faut bien des machines performantes pour soutenir le numérique.
  • Lutte Ouvrière : Le truc bizarre avec Lutte Ouvrière c’est qu’ils n’ont jamais donné l’impression d’être passé à l’ère numérique. Pourtant, dans le genre instrument du Grand Soir, Internet se tient là.
  • Parti Européen : Le parti d’un certain Louis de Gouyon Matignon, jeune garçon à particule à la tête de premier de la classe. Cette liste est très étrange, son programme est constitué d’article commençant par Je, donnant une impression de vénération de la personne. La liste à une moyenne d’âge assez basse et pourtant… rien pour nous. Comme quoi. Je digresse mais je conseille à tout les fans d’ufologie de jeter un œil sur ce site. Ça vaut le détour.
  • Parti fédéraliste européen : Le Parti fédéraliste ne propose rien en ce qui concerne le numérique. Et ils ont oubliés de traduire leur programme. Bien joué les mecs.
  • Parti Pirate : Bon, vous vous doutez bien que là, il y a matière à faire plusieurs articles. Le PP est LE parti défenseur du numérique en Europe. Ses deux premières propositions sont le droit à l’anonymat et au pseudonymat et la reconnaissance de l’accès à Internet comme droit fondamental, rien que ça ! Le PP veut par ailleurs empêcher tout traçage abusif, la censure, le fichage ou la surveillance des données, garantir la communication et le haut-débit sur tout le territoire (européen, ça fait du boulot). Ils veulent également légaliser le chiffrement de donnée libre (algorithme et logiciel (Pretty Good Privacy) existent depuis longtemps et déjà Barlow le demandait à l’heure où il écrivait la Déclaration d’Indépendance du Cyberespace). En ce qui concerne la censure, ils demandent l’interdiction de l’installation de filtrage extérieur, la protection des établissement fournisseurs de connexion face au délit de négligence caractérisé (par exemple, si le réseau d’un cyber-café (ouais c’est old school) est utilisé pour consulter des sites illégaux, c’est le cyber-café qui est en tort). La généralisation de la transparence et des opérations de data et le recours systématique aux machines de vote. Revoir en profondeur le système du droit d’auteur, notamment abolir les brevets et droits sur le savoir et les idées. Et tant d’autre que je ne peux que vous inciter à aller voir sur leur site. Il faut noter que, malheureusement, le PP n’est présent que dans six des huit régions électorales françaises, absents dans l’Est et l’Ouest. Si vous voulez voter pour le PP, il faudra sans doute imprimer votre bulletin sur leur site. Ceci étant, faites preuve de modération, la défense du numérique, c’est beau, mais il ne faut pas oublier le reste… et on peut se questionner sur la volonté de sur-numériser le monde du PP.
  • Parti Socialiste – Parti Radical de Gauche : Le PS et le PRG ont quelques propositions en ce qui concerne le numérique. Notamment celle de faire payer aux entreprises qui fournissent des services virtuels (Google, Yahoo, Microsoft, bla bla bla…) des impôts sur le territoire où elles exercent. Aujourd’hui, ces entreprises payent des impôts dans les pays où sont implantés les serveurs, on doit bien avouer que dans le genre niche fiscale, on a vu pire. Parmi les 73 autres propositions figure aussi la défense du e-consommateur, la protection des données personnelles (notamment par le bannissement des systèmes de surveillance sur les réseaux… AH AH.). Le programme prévoit aussi le déploiement général et l’accès facilité au très haut débit. Ils savent parler aux geeks ceux là.
  • Régions et Peuples solidaires : Pas grand chose à se mettre sous la dent ici, mais cette liste fait partie du groupe PVE/ALE, alors on peut se référer à leurs programmes.
  • Union Démocratique Bretonne : Bon, vous vous doutez bien que le programme de l’UDB vise surtout à défendre la Bretagne et l’indépendantisme. Ouais ouais, moi aussi ça me fait rire (et je suis à moitié breton). Cela dit, comme le précédent, l’UDB fait parti du groupe PVE/ALE au parlement.
  • Union Populaire Républicaine : Le programme de l’UPR est celui de François Asselineau pour les présidentielles de 2012. Je sais, moi non plus je ne m’en souvenais plus de celui ci. En ce qui concerne les médias (troisième partie du programme), la volonté est là de séparer plus le pouvoir médiatique des autres, mais ça concerne moins Internet. Les médias doivent être un garant de la liberté citoyenne et un promoteur de la culture. Vous avez dit babillage ?
  • Union pour un Mouvement Populaire : L’UMP à beau avoir quelques uns des députés européens les plus assidus, son programme reste un programme national dans l’ensemble et son programme européen n’est ni plus ni moins qu’un portage. Il n’y a pas de place pour le numérique dans le programme pour les européennes, et y a t-il besoin de rappeler que l’UMP soutenait ACTA…

Bref le numérique n’a que peu de place dans les débats européens. Certains petits partis engendrent une grande majorité des bonnes idées (à notre sens) et ils ne sont pas ou peu représentés. Mais si comme nous, vous êtes persuadés que l’amélioration de l’avenir passe d’abord par l’établissement d’une communication facilitée avec le reste du monde et par un accès universel et libre au savoir, que vous pensez que le monde c’est d’abord une multitude de culture égales et que l’Europe n’est qu’un petit bout du monde. Si comme Gilles Babinet, vous pensez qu’ils est plus que temps pour ceux qui comprennent le numérique de prendre le pouvoir et bien, la prochaine fois, vous aurez sûrement une bonne raison d’aller voter pour le moins mauvais, à défaut du meilleur !