Tranquillement assis sur mon fauteuil, en pleine réflexion créative (ce que certain appellent parfois le syndrome de la page blanche), je vois soudain apparaître sur mon fil d’actualité l’une des meilleurs nouvelle du moment. Cette nouvelle qui provoque chez les gamers la même frénésie que celle provoquée par la dernière démarque des soldes d’hivers chez les shopping-addicts. Oui, les ludovores l’auront compris, les Steam Summer Sales sont ouvertes !

benhursteam

Les moins jeunes (pas encore les plus vieux) d’entre nous, se souviennent probablement avec nostalgie des brillantes galettes qui faisaient notre plaisir. Je me souviens encore de l’émerveillement qui me prenait lorsque, après avoir ouvert pour la première fois une nouvelle boite, mon lecteur l’avalait goulûment. Mais cette époque semble marcher vers sa fin. Les CD’s sont entrain de devenir au jeu vidéo PC ce que les vinyles sont à la musique, des pièces de collections. Bientôt des trophées. Les éditions collectors deviennent peu à peu de véritable œuvres d’art. Il y a quelques années, une édition collector se résumait souvent au jeu, parfois ses prédécesseurs et un ou deux goodies. Aujourd’hui, l’édition collector de The Elder Scrolls Online comporte une statuette de 25 centimètres de haut, un artbook relié cuir, une centaine de pages imprimées sur papier glacé et bien entendu une myriade d’avantages numériques. Objets de collection, donc (j’ai même hésité à en acheter deux pour en conserver un sous blister). Alors pourquoi tout cela ? Parce que cette époque est révolue !

Avant d’aller plus loin, rappelons ce qu’est Steam, pour les plus néophytes. Steam est une plateforme permettant d’acheter et de stocker des jeux vidéos sous une forme uniquement numérique. Évidemment quiconque peut télécharger les jeux achetés sur son compte sur n’importe quel ordinateur doté de Steam.
Lorsque Steam a ouvert en 2003, tous les pécéphiles étaient sceptiques. C’était le changement d’une vieille habitude. Plus besoin de se déplacer, pas de marchandage chez les revendeurs, plus d’objets sur les étagères. Mais aussi, plus question de revendre, de prêter ses jeux (même si, c’est en fait possible grâce au mode offline), quid de la propriété de nos licences ? Où vont nos jeux après notre mort ?

Et puis… Et puis on s’habitue au confort. On ne lit plus les CGU qui stipulent pourtant un certain nombre d’alinéas liberticides comme par exemple, l’article 12, qui veut que l’utilisateur abandonne tout droit d’attaquer Valve (le développeur de Steam) en justice. Oui, mais, on a toujours nos jeux sous la main, on peut les télécharger partout, le réseau s’établit automatiquement avec nos contacts. Les mises à jour se font sans problème, et l’assistance est souvent à même de régler les problèmes logiciels.

Et puis Valve a encore enfoncé un peu plus le couteau dans la plaie quand on commencées les cycles de soldes. En effet, comme pour les vêtements, Steam a commencé à proposer des soldes d’hivers, d’été (en double, voir en triple), d’automne, de Noël, de rentrée, pour les fêtes nationales… Et pas des petites soldes. La dernière démarque est très loin des 50%. En décembre 2013, le magasin proposait Serious Sam 3 avec 99% de réduction !

Tout ça paraît tentant. Évidemment, je suis le premier à me jeter dessus. La réduction la plus courante est de 75%, comment cracher dessus ? Pour n’importe quel pécéistes, impossible. La manne est gigantesque, il suffit de cliquer, de remplir son panier et de payer. Et il y a toujours une chance de gagner des bonus, de plus en plus de jeux sont dotés de mods gratuit grâce au Steam Workshop et ont accèdent à foule de jeux indés… Et puis Valve paraît si angélique, se préparant à lancer une console de salon sous licence libre capable de dialoguer avec Steam. Belle vitrine.

Mais cet article n’est pas fait pour faire de la pub à Valve. Non, on doit se questionner. Se demander comment Valve réussi à faire des marges pareil ? On sait déjà que les conditions infligées aux petits développeurs indépendants sont ardues. Certes, le système Green Light (qui permet aux utilisateurs de voter pour des jeux prometteurs) leur donne une bonne visibilité, mais au dépend du contrôle de la diffusion de leur jeu entre autre choses.

La situation de monopole de Steam peut rendre méfiant. Valve contrôle en effet désormais une large tranche du marché (du PC en tout cas), Uplay, la plateforme d’Ubisoft, et Origin, celle d’EA, sont incapables de décoller puisqu’ils ne proposent que les jeux de leur ludothèque. Les jeux Bioware — probablement le meilleur développeur de la maison EA — sont maintenant proposés sur Steam… moins cher que sur Origin. On sait ce que le monopole commercial peut faire comme dégâts, il suffit de voir le déficit de qualité de Windows de mouture en mouture. Et l’hégémonie peut provoquer de douteuses dérives, regardons où en est le « Don’t be evil » de Google. C’est la mort de la revente, du contact avec les vendeurs. Avant, le monde du jeu-vidéo ressemblait un peu à celui du livre. On discutait avec le boutiquier, on pouvait déterrer des trésors, découvrir la genèse des grands jeux dans leurs premières versions… Tout cela pourrait également disparaître. Bien sûr, la numérisation est une bonne chose : moins polluante, plus pratique, un marché plus diversifié… mais tant de contact en moins.

Ah ! C’est peut-être le discours d’un nostalgique mais, la question mérite d’être posée, quand il ne restera plus que Steam, que feront nous si Valve décide de ne pas publier un jeu car il ne lui plait pas ? Pour filer la maxime de Franklin : En sacrifiant un peu de liberté pour un peu de confort, on ne gagne rien, et on fini par perdre les deux.