En 1644 (n’ayons pas peur d’être précis) René Descartes dit « Néné le Spliff » depuis son passage en Hollande et sa rencontre avec le Malin Génie, publie Les Principes de la philosophie.
C’est à cette occasion que Néné va pondre une phrase qui sera souvent malmené mais toujours utilisé, « Cogito, ergo sum » possiblement traduisible par « Je pense, donc je suis ». En vérité, c’est seulement l’une des nombreuses traductions possible, puisque le latin est fourbe et qu’il se traduit dans tout les sens.

C’est ainsi que Descartes, déçu de donner au monde une phrase qui fait croire l’inverse de sa pensée, changera de cheval et préférera « ego sum, ego existo » (je suis, je pense), mais passons.
Soyons vulgaire et conservons la première traduction. L’idée vulgarisée est ici que l’être pensant existe parce qu’il pense (et réciproquement). Et du coup, avec un peu d’absinthe et un amour insensé pour l’anténéologisme inutile (et pour le logoxymore) je vous présente aujourd’hui le « Trollito ergo sum ».

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Internet : métaphore du poulailler

Et c’est à ce moment que vous vous dites « ce type a clairement abusé de la Fée Verte » (rien de sexuel là dedans mesdames). Ce qui n’est probablement pas sans fondement, mais poursuivons.
Pour les moins provinciaux des lecteurs, le poulailler est la maison des poules. Les poules sont une espèce de la famille des gallinacés et une composante essentielle de la gastronomie mais aussi de la gastrobombie (oui, une partie de la « cuisine » mériterait la qualification d’arme biologique de destruction massive). La poule est un animal assez stupide, vivant en groupe, qui passe sa journée à tourner en rond, à chercher quelque chose à becter, à émettre des bruits insupportables et à mordre les visiteurs. Oh. Et à se reproduire. La poule peut aussi devenir une excellente poule au pot.

Donc, résumons : les poules vivent dans de petites maisons séparées, sans contact, elles sont encadrées par des fermiers, qu’elles embêtent mais à qui elle fournissent de la substance. Elles sont passablement idiotes et existent généralement en groupe, elles passent une majeure partie de la journée à ne rien foutre et en cherchant une manière de continuer à rien foutre sans se rendre compte qu’elles ne foutent rien.
C’est bon, ça y est, ça vous rappelle quelque chose ? Je vois une lueur de magie s’allumer dans l’œil hagard qui cache l’usine à gaz méphitique qu’est votre cerveau embrumé…
OUI ! C’est ça : l’internaute moyen c’est la poule (et non pas UNE poule, LA poule, en tant que paradigme).

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Second acteur du poulailler, le fermier (ou la fermière). L’homme (ou la femme) qui s’occupe des poules, il les gère et ramasse leurs œufs. Parfois il en prend une ou deux pour faire le repas de Noël. Il  remplace aussi la paille qui leur sert de lit, évacue le trop plein de déjection, répare leur maison et les nourrit, bien entendu. Le fermier, donc, ce sont les webmasters, les rédacteurs et les modérateurs.

Vous attendez de savoir qui est le troll, on y arrive. Le troll, c’est l’orage. Point de vue poule, c’est l’événement climatique inutile, effrayant et déstabilisant quand il ne met pas carrément le feu au poulailler. Pour le fermier maintenant, l’orage est certes dangereux mais il peut aussi amener une eau salvatrice au champ de colza mutant qui nourrit ses piafs et effrayer suffisamment la fermière, lui permettant de … bref. Enfin, pour les climatologues (ouais, j’suis comme ça moi, j’fais venir des acteurs quand je veux) l’orage est « une perturbation atmosphérique d’origine convective associée à un type de nuage particulier, le cumulonimbus. », j’ajouterais qu’il est généralement éphémère et que je les trouve personnellement particulièrement esthétiques.
Le troll, donc, est une entité événementielle et temporaire qui pointe son boule lorsque toutes les conditions sont requises pour qu’il puisse faire suffisamment de ravages. Ces conditions étant un taux de whatthefuckisme
suffisant pour lui donner une bonne substance exploitable, des poules bien énervées (qu’il se fera un plaisir d’exciter encore plus) et un fermier bio (ou bien occupé dans la chambre d’à coté avec la fermière).

Histoire de vous donner un peu plus de lol, rappelons qu’initialement, le troll est une créature de la mythologie nordique, incarnation de la puissance magico-divine. En gros, un putain de gros fouteur de merde doué d’une capacité d’apparition aussi aléatoire que spontanée.

Le troll, déchet cybernétique ou objecteur de conscience réticulaire ?

Maintenant qu’on est d’accord sur l’être du troll (pour ceux qui ne comprendrait toujours pas ce que c’est, achetez une poule) on peut passer aux choses sérieuses. Allons tout de même, avant de poursuivre chercher la définition du troll que nous offre la partouseuze culturelle du web, j’ai nommé Wikipédia :

« Un troll est un internaute qui écrit de manière intentionnelle des messages désobligeants, polémiques, provocants, absurdes, de mauvaise foi, voire insultants, et souvent répétitifs, sur des sites communautaires et de dialogues tels que les forums de discussion. »

On sent bien ici dans le ton employé et l’accumulation de vocabulaire de l’ordre de l’injure et de la blessure, que cette courte définition n’a rien d’élogieuse. Et de fait, on pourrait effectivement considéré l’entité troll comme un parasite, un générateur de bruit sémantique qui n’a pour seul but celui de la destruction de l’harmonieuse cohésion du web (c’te blague.). Le forum du 15-18 de JeuVideo.com, bien connu des pisteurs d’hoax en tout genre, vous donnera un bonne exemple de ce à quoi peut ressembler ce troll parasitaire. De l’autre coté de la colonne d’âge des internautes, les commentaires du Monde.fr ou du LeFigaro.fr vous fournirons de grandes crues bien fermentées. Pour exemple, à l’heure où j’écris cette ligne, le 27 avril 2014 à 23h02, le 5e topic du 15-18, avec 316 participants s’intitule « Placez « caca » dans le titre d’un Film. » (je vous laisse en découvrir la teneur par vous même).
Un peu moins pipi-caca, sur un article du Monde traitant de la mort d’un trafiquant pendant une course poursuite :

On aurait quand même pu lui laisser une chance d'aller en stage pour récupérer des points pour son permis.
La citation de JM

Précisons que je vous ai évité les trolls polistico-politiques, beaucoup moins digestes. Celui ci-dessus tiens d’ailleurs du troll subtil, il y a fort à parier que JM tentait de réveiller quelques radicaux cachés derrière leurs IP, cela à malheureusement échoué.
Autre énorme plateforme du troll, Facebook, où il suffit d’être partie prenante d’un groupe conséquent et de poster un message absolument contradictoire au sujet sur un message semblant sérieux. Il y a fort à parier que le Point Godwin sera atteint en moins de six messages.

Bref, à priori, le troll semble effectivement être un parasite malfaisant ou inconscient (ou les deux) tout droit sorti du septième cercle des Enfers (si tu ne comprends pas, pense Google). Et pourtant, le troll pourrait bien être plus que ça.

Lorsque Descartes parle du cogito, il est entrain de définir sa théorie du doute méthodique. Celui ci doit permettre à chacun de douter d’à peu prêt tout raisonnement afin de ne pas s’en tenir au résultat le plus évident. Le doute méthodique est un peu la base de toute recherche, où l’on doit mettre en doute ce que l’on sait pour essayer de découvrir le reste. Les objecteurs de consciences sont ces gens, souvent mal vus (rarement sans raison par ailleurs) qui nous font douter de ce que l’on sait, histoire d’élargir le champ des possibles, ils existaient avant Internet. Maintenant, regardons ce qu’à produit Internet et les médias sur le fonctionnement de notre pensée : les médias de masses nous ont abrutis et Internet à donné à chacun la possibilité de faire croire au monde entier qu’il était un expert universel. Dans cette position, le troll n’est alors plus un parasite mais une sorte de catalyseur de réflexion. L’absurde de ses mots, les invectives intentionnelles ne sont alors plus gratuites mais destinées à réveiller ses paires voguant sur la toile en essayant d’ouvrir leur réflexion. Il essaye aussi de révéler ceux qui étalent le peu qu’ils viennent d’aller chercher en zappant sur Historia.
Histoire de creuser un peu plus ce que l’on sait. Histoire de ne plus se fier à la définition du SIDA de la Désencyclopédie juste parce que c’est la première page que nous donne Google (si si, ça finira par arriver).

En fait, oui, le troll est l’in(carn)ation du doute, il est la flamme qui combat l’obscurantisme post-Google. Eh oui, le troll est un paladin.

Et qu’il en soit conscient ou non, c’est bien ce qui fait le troll. Et de toute façon, c’est ainsi que la communauté du net finira par le définir. Qu’on le veuille ou non, lorsque l’on se comporte comme un troll, on devient un troll. À partir de ce moment, on ne peut que difficilement s’en détacher (parce qu’il faut bien avouer qu’une fois qu’on commence à maitriser le truc, c’est de l’or en barres) et on est troll. On existe en trollant, « Trollito Ergo Sum ».

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BONUS : Typologie du troll

Le troll à de nombreuses faces. On a déjà vu qu’il y en avait des gras, des pleins d’humour, des conscient et des inconscients. Tentons ici une brève typologie du troll.

  • Le Grammar Nazi : comme l’indique son nom, le grammar nazi n’est pas si éloigné du SS. Toujours à l’affût de la moindre faute de grammaire (ou d’orthographe, ou de typographie) ils n’hésitent pas à lancer une blitzkrieg bien sentie quand un pauvre erre accorde mal un participe passé. Bon en même temps, faut avouer que confondre le possessif et le démonstratif, à un moment, sa donne envie de couper des doigts. (PS : il y a un troll dans ce troll INCEPTROLL)
  • Le paratroll : le paratroll est un peu la branche stupide de la famille Troll. Celui qu’on met en bout de table aux réunions de familles, derrière les plats et les cadavres, histoire de ne pas l’entendre. C’est un troll inconscient, qui va croire à tous ce qu’il voit. Sans aucune notion du paradoxe, le paratroll peut être maoïste ET fan de Roosevelt. Une fois sa dose d’inepties engrangée, ce perfide démon n’auras de cesse d’exposer ses théories jusque dans les contrées les plus pures et innocentes du net.
  • Le colérique : le colérique est toujours énervé. TOUJOURS. On pourrait lui donner un article sur les bisounours en chocolat indiens, dont les bénéfices iront dans la construction d’un orphelinat cashemiri qu’il pourrait quand même trouver une raison de gueuler.
  • Le twister (eu égard aux Immortels, on l’appellera le retourneur, mais c’est sacrément moins classe) : le twister prend votre argument. Le retourne. Fini.
  • Le troll-qui-sait-tout (les anglais disent the know-it-all, moi j’aime bien jamtroll) : comme le dit l’adage, « la culture, c’est comme la confiture » et bien ceux là sont un régiment de tartines. Peu importe que vous direz, ce troll en saura plus. Ou en tout cas, il fera semblant.
  • Le commentateur politique : Ah ! Celui là, c’est un peu le Thierry Roland (RIP) de l’assemblée. Capable de transformer n’importe quel sujet en un délire illuminatico-politique mais aussi de confondre la Corée du Nord et la Corée du Sud (c’est pas compliqué pourtant), il fera le bonheur de vos soirées de déprime, lorsque vous avez l’impression d’être l’humain le plus stupide de la cybersphère.
  • L’humoriste qui ne se sait pas : celui là est cool, par accident ou retenu, c’est le troll qui fini par sortir un truc vraiment drôle, sans même sans rendre compte.
  • L’objecteur compulsif : celui ci, enfin, est pleinement conscient de son potentiel bordélitique. Et il l’utilise, que ce soit pour améliorer l’intellect de l’humanité ou pour détruire sa psyché. De toute façon, il y a fort à parier que l’un ne va pas sans l’autre.
  • Le Journaliste : ne l’oublions pas celui ci. C’est un troll de métier, certains d’entre eux finiront par vivre de leur art. Le journaliste (et ses dérivés, blogueurs et caetera) est un peu le mentor de tout les trolls. Il à longtemps (avant Internet) été le générateur de troll officiel des nations plus ou moins libres. Et aujourd’hui, il donne à manger à ses ouailles.